Certains aspects de la guerre qu’on ne parle pas… (Chien-Loup)

Chien-Loup

Serge Joncour

Éditions Flammarion (Août 2018)

Nombre de pages : 480

J’ai décidé de lire ce livre sur un coup de tête ; je l’ai acheté suite à la rencontre de l’auteur en question, Serge Joncour, vers la fin du mois de novembre. Je n’avais encore jamais rencontré d’auteur, c’était donc une grande première pour moi, une occasion que j’ai saisie comme ça, me lançant seule vers l’inconnu. Cette rencontre m’a enchantée !

Concernant l’auteur :

Serge Joncour est un écrivain français né en 1961, qui écrit principalement des romans et des nouvelles. À ce jour, il compte quinze écrits, Chien-Loup, sorti en Août 2018, est son dernier livre. Il a obtenu plusieurs prix pour ses romans, Chien-Loup présenté ici a obtenu le Prix Landerneau des lecteurs en 2018.

Résumé :

L’idée de passer tout l’été coupés du monde angoissait Franck mais enchantait Lise, alors Franck avait accepté, un peu à contrecœur et beaucoup par amour, de louer dans le Lot cette maison absente de toutes les cartes et privée de tout réseau. L’annonce parlait d’un gîte perdu au milieu des collines, de calme et de paix. Mais pas du passé sanglant de cet endroit que personne n’habitait plus et qui avait abrité un dompteur allemand et ses fauves pendant la Première Guerre mondiale. Et pas non plus de ce chien sans collier, chien ou loup, qui s’est imposé au couple dès le premier soir et qui semblait chercher un maître. En arrivant cet été là, Franck croyait encore que la nature, qu’on avait apprivoisée aussi bien qu’un animal de compagnie, n’avait plus rien de sauvage ; il pensait que les guerres du passé, où les hommes s’entretuaient, avaient cédé la place à des guerres plus insidieuses, moins meurtrières. Ça c’était en arrivant.

Serge Joncour raconte l’histoire, à un siècle de distance, d’un village du Lot, et c’est tout un passé peuplé de bêtes et anéanti par la guerre qu’il déterre, comme pour mieux éclairer notre monde contemporain. En mettant en scène un couple moderne aux prises avec la nature et confronté à la violence, il nous montre que la sauvagerie est toujours prête à surgir au cœur de nos existences civilisées, comme un chien-loup.

Chien-Loup
Serge Joncour
Éditions Flammarion (2019)

Mon avis :

Chien-Loup est une histoire de viande, comme l’a évoqué l’auteur durant la rencontre en novembre 2018. C’est une histoire de peur, aussi, un peu. Une histoire d’équilibre des forces, de domination, d’amour, aussi, de nature, d’animaux et de viande. C’est une histoire de corps, de parfum. C’est aussi une histoire de modernité, de technologie qui inonde le monde. Selon moi, c’est avant-tout une histoire sur le rapport entre l’homme et l’animal.

« C’est par l’esprit qu’un homme se rapproche au plus près d’une femme, en faisant ce chemin qui va de l’égoïsme à la compréhension.« 

Chien-Loup (p.265)
Serge Joncour
Éditions Flammarion (2019)

Deux époques enchâssées dans le récit

On se réveille un matin en 1914, pendant la première guerre mondiale, en entendant le rugissement des lions, et le lendemain, on se réveille en 2017 sous un soleil de plomb, une crise de nerfs parce qu’il n’y a pas de réseau et un chevalet placé devant la fenêtre de la chambre.

J’ai aimé voir la vie de ces personnages, qui foulent les mêmes lieux mais n’ont rien en commun, j’ai aimé les différences de mentalités, de problèmes (la guerre en 1914, le manque de réseau en 2017…) et suivre les deux époques était aussi palpitant l’un que l’autre.

« La peur les gagna tous au village, elle glaça les âmes et s’attarda sur le bout des lèvres comme un mégot éteint. »

Chien-Loup (p.12)
Serge Joncour
Éditions Flammarion (2019)

Une réflexion sur la société de nos jours

Je suis contre Amazon et cette surconsommation qu’engendre notre société, et j’ai été ravie de trouver à l’intérieur de ce récit la question même d’Amazon, et de Netflix concernant les films et leur réalisation. J’ai aimé toute la critique qui en est faite, cette aliénation qu’elle produit sur l’homme. J’ai aimé voir Franck complètement perdue et Lise qui l’oblige à venir passer quelques jours en totale coupure du monde, des réseaux, pour qu’il prenne conscience de son lien avec la société…

Je suis la première à dire que nous sommes beaucoup trop dépendant de toute ces réseaux, Internet (cet article et ce blog y compris…), et ce livre le démontre parfaitement. Cependant, il apporte un nouveau regard sur cette dépendance, puisqu’elle semble s’effacer très rapidement chez Franck, finalement, ce qui traduit une sorte d’espoir… On peut vivre sans.

« Preuve que la vraie douleur n’est pas de souffrir mais de ne pas l’accepter.« 

Chien-Loup (p.370)
Serge Joncour
Éditions Flammarion (2019)

Une réflexion sur le rapport de l’homme à l’animal

Dans Chien-Loup, le rapport entre l’homme et l’animal est étroit : en 1914 un dresseur de fauve vient s’installer avec ses félins, et en 2017, Franck apprivoise un chien qui a l’apparence d’un loup. et tout au log de l’histoire, il est question de viande, de nourrir les fauves de kilos de viandes fraîches alors que le besoin est fort sur le front, et en 2017, Lise et Franck sont végétariens et ce dernier penche, dans sa colère, vers l’idée de recommencer à manger de la viande…

J’aime bien cette notion de prédateur qui est présente tout au long du récit, que ce soit du niveau des fauves ou des géants de l’industrie ou du cinéma (Amazon, Netflix…).

« (…) des petits êtres emmaillotés dans leur propre mort, des tas de petit néants. »

Chien-Loup (p.125)
Serge Joncour
Éditions Flammarion (2019)

En bref :

Ce livre m’a fait réfléchir sur notre société de consommation, pas de façon révolutionnaire mais plutôt assez tranquille, et m’a montré un des aspects de la guerre auquel je n’aurais pas pensé : le réapprovisionnement et la nourriture. Une histoire calme d’un couple qui s’isole de cette surconsommation, un récit qui met en place une réflexion importante sur la société de nos jours.

Je me souviens avoir entendu l’auteur affirmer un détail qui m’est resté longtemps en tête, lors de la rencontre : le fait qu’il « ait la chance de ne pas vraiment avoir de personnalité fait qu’il peut voir le monde sous différents visages« . Je trouve cet aspect intéressant chez un auteur et je pense que tout écrivain peut, à différents niveaux bien entendu, avoir plusieurs visions des choses en fonction de ce qu’il lit/voit/entend. Je trouve cet aspect essentiel chez un auteur afin d’avoir un avis bien défini des choses, et de laisser place à la réflexion.

Ce mari qui se baladait entre vie et trépas, entre le ciel et les limbes, entre la mémoire qu’elle en avait et cette place vide juste là à côté d’elle dans ce lit, c’était proprement effrayant. En fin de compte, il n’était nulle part, ce corps, et pourtant, il occupait tout l’espace. (p.158)

Chien-Loup
Serge Joncour
Éditions Flammarion (2019)

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