Hool : protège-dents recommandé !

Hool
Par Philipp Winkler
Fleuve éditions (2018)
Traduit de l’allemand par Pierre Malherbet, revu par Céline Maurice
Genre/Thèmes : Roman / Violence, perte, famille, combat, amis, littérature allemande

Résumé :

Heiko aurait aimé pouvoir choisir sa famille.
Entre un père alcoolique et une mère qui a fui le domicile conjugal alors qu’il savait à peine marcher, Heiko trace sa propre route : il abandonne les études dès le lycée, passe ses journées comme homme à tout faire dans une salle de gym et vit avec un coloc qui organise des combats de chiens.
Ce qu’il possède, c’est sa colère ; son atout c’est de cogner plus fort. Avec ses frères de cœur, il supporte le club de football Hanovre 96. Mais leur plaisir, ils le trouvent plus sur les terrains vagues à se battre que dans les tribunes.
Heiko est prêt à tout pour sa bande, ses valeurs, son héritage, même si ça dérape parfois. Lorsqu’un de ses frères se fait tabasser violemment et décide de quitter la scène pour de bon, Heiko le vit comme une trahison : si sa famille de cœur se brise, que lui reste-t-il ?

Hool
Philipp Winkler
Éditions Fleuve (2018)

Concernant l’auteur :

Philipp Winkler est né en 1986 et a grandi à Hanovre. Hool est son premier roman, qu’il publie donc à l’âge de 30 ans, après quelques publications dans des magazines et anthologies. Il obtient avec Hool le prix Aspeke pour le meilleur premier roman en 2016 (date à laquelle le livre est sorti en Allemagne) en plus d’être sélectionné pour le Deutscher Buchpreis (qui est l’équivalent du prix Goncourt en Allemagne).

Mon avis :

Hool est une histoire sur la perte. C’est une histoire sur la violence, sur la colère, l’alcoolisme, sur les liens fraternels, les liens d’amitié, la fierté, aussi, beaucoup, l’amour, toujours, la relation père fils, la recherche de la stabilité et cette inconscience de se laisser aller…

Hool parle très bien du lien qui unit les êtres entre eux, Hool présente un personnage principal au tempérament enflammé, bouillant, mais qui n’en est pas moins sensible à tout ce qui l’entoure. Hool traite de la colère. De sa manière de la gérer, de la contenir ou de la laisser éclater, littéralement.

Un livre sur la sensibilité

Heiko est un personnage que j’ai adoré, très nuancé et réaliste. Et même si j’ai parfois eu envie de le frapper ou de lui secouer les puces, j’ai aimé son histoire, sa détermination, son courage. Au premier abord, on croit avoir affaire à une brute, mais c’est finalement un homme sensible qui apparaît. Sous cette plume teintée d’humour par les pensées du personnage, on découvre un univers peu souvent exploité : les hooligans, fan de football (je n’y connais rien !), un monde teinté de violence. On découvre les liens familiaux, parfois compliqués, et les liens amicaux, parfois pas si éloignés…

« Je ne sais même pas pourquoi je me suis levé ni pourquoi je roule dans la nuit comme un possédé. J’ai peut-être envie d’arriver quelque part où j’aurais l’impression d’être arrivé. »

Hool (p.275)
Philipp Winkler
Éditions Fleuve (2018)

Une plume visuelle

L’écriture de l’auteur (et la traduction) est excellente, et même si au début, j’ai eu du mal à accrocher, je suis conquise par cette plume teintée d’humour sous les pensées d’un personnage principal à la fois comique, exaspérant et, d’une certaine manière, terriblement attachant. J’ai aimé toutes ces belles images transmises par l’auteur, ces sentiments dépeints… L’écriture nous touche.

« L’humidité s’immisce sous nos fringues, comme du harcèlement sexuel. »

Hool (p.153)
Philipp Winkler
Éditions Fleuve (2018)

Un récit sur la violence et la domination

J’ai particulièrement aimé cette relation avec la domination et l’animal. Parce que dans Hool, on parle également de combats de chiens, ou d’animaux en tout genre, qui font une belle métaphore sur les relations entres les hommes, la domination qui peut s’installer parfois, et les rapports de force.

Toutes ces métaphores participent, à mes yeux, à la réussite de l’histoire.

« On pourrait tous les mettre dans un sac et taper dessus, on serait sûr de cogner sur un connard.« 

Hool (p.120)
Philipp Winkler
Éditions Fleuve (2018)

En bref :

Beaucoup de choses à découvrir dans ce livre. Beaucoup de beaux passages, de belles images transmises par une écriture maîtrisée (et une bonne traduction, nous l’oublions trop souvent…) et des thèmes abordés qui me tiennent à coeur. Je trouve que ce livre est une belle réussite.

« Je réchauffe mon nouveau protège-dents dans le creux de ma main. Je le fais tourner entre mes doigts et l’écrase un peu. C’est comme ça avant chaque fight. Le gel reste ferme, cède à peine sous la pression. Ce truc est ai top. Y a rien de mieux. Fait sur mesure par un prothésiste dentaire. Pas une de ces daubes à deux balles produites en masse, qu’on peut foutre à la poubelle au bout de quinze jours parce que les bords te tranchent les gencives. Ou qui te filent la gerbe en permanence à cause de leur forme à chier et de leur odeur chimique. À part Jojo, avec son petit salaire de gardien d’immeuble, on a presque tous ce genre de came, maintenant. Kai, parce qu’il faut toujours qu’il ai le top du top. Ulf. Qui peut se payer ça sans trop compter. Tomek, Töller. Et quelques-uns de nos gars qu’ont des boulots qui le leur permettent. L’oncle Axel aussi. Ça fait quelques années qu’il a dégoté ce prothésiste, qui s’est spécialisé dans les sports de combats et fournit des cogneurs dans toute l’Allemagne. À ce qu’on dit, y a même des types de Franckfort et quelques’uns d’Allemagne de l’Est qui vont chez lui. De Dresde et de Halle, des gars de Zwickau. Toutes leurs aides sociales doivent y passer, j’me dis, et je fais glisser mes doigts sur les encoches de respiration.
– Eh ! Heiko ! (Kai me donne un coup dans les côtes.) Ton portable sonne.
Le portable bas de gamme vibre sur le siège entre nous. Je le prends, les doigts tremblants. Mon oncle m’observe dans le rétroviseurs. J’appuie sur la touche verte.
– Vous êtes où ? On attend, fait la voix du Colonais avec qui on a organisé le match.
Je baisse la vitre pour sortir la tête, à la recherche d’un point de repère quelconque.
– On est à Olpe, on a quitté la N 55. On devrait bientôt arriver.
– Suivez la In-der-Wüste. Deuxième rond-point à droite. Descendez la Bratzkopf jusqu’après la sortie de la ville. Sur la gauche, y a une forêt. Vous pouvez pas la louper.
Avant qu’il raccroche, je lui rappelle une fois de plus les règles. Quinze mecs de chaque côté. Puis je raccroche.

Hool (p.9)
Philipp Winkler
Éditions Fleuve (2018)

Vous l’avez lu aussi ? Qu’en avez-vous pensé ? Sinon, il vous donne envie ?

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