Une autre vision du réel : Auprès de moi toujours

Auprès de moi toujours (Titre original : Never Let Me Go)

Par Kazuo Ishiguro

Aux éditions des Deux Terres (2006)

Traduit de l’anglais par Anne Rabinovitch

Genre/thèmes : Science-fiction / Anticipation, clonage, régénérations, ferme humaine

Quelques mots sur l’auteur et le livre :

Kazuo Ishiguro est né en 1954 au Japon (à Nagasaki) et est arrivé en Grande-Bretagne à l’âge de cinq ans. Il est aujourd’hui l’auteur de sept romans et a reçu le prix Nobel de littérature en 2017 pour avoir révélé dans ses romans « l’abîme sous l’illusion que nous avons de notre relation au monde » (selon l’Académie Suédoise). Le livre Auprès de moi toujours (Best-Seller) a été adapté au cinéma en mars 2011, avec des acteurs tels que Carey Mulligan, Andrew Garfield et Keira Knightley, sous le nom original Never Let Me Go.

Résumé :

Jadis, Kath, Ruth et Tommy ont été élèves à Hailsham : une école idyllique, nichée dans la campagne anglaise, où les enfants étaient protégés du monde extérieur et élevés dans l’idée qu’ils étaient des êtres à part, que leur bien-être personnel était essentiel, non seulement pour eux-mêmes, mais pour la société dans laquelle ils entreraient un jour. Mais pour quelle raison les avait-on réunis là ? Bien des années plus tard, Kath s’autorise enfin à céder aux appels de la mémoire et tente de trouver un sens à leur passé commun. Une histoire d’une extraordinaire puissance, au fil de laquelle Kath, Ruth et Tommy prennent peu à peu conscience que leur enfance apparemment heureuse n’a cessé de les hanter, au point de frelater leurs vies d’adultes.

Auprès de moi toujours
Kazuo Ishiguro
Éditions des Deux Terres (2006)

Une empathie pour les personnages :

À la fois attachants et détestables, l’auteur a un don pour les évoluer de façon logique et sensée. Ils sont crédibles, ils sont réalistes, ils ont évolué dans ma tête sans aucune difficulté. J’ai adoré Kath par sa sensibilité admirable, mais je l’ai détestée par cette même sensibilité qui la rendait trop… trop. J’ai adoré Tommy par sa détermination, mais je l’ai détesté par sa lâcheté ponctuelle. J’ai adoré Ruth par sa force de caractère et je l’ai détesté de tout mon être pour cette obsession de pouvoir et d’admiration.

Alors vous attendez, même si vous ne le savez pas vraiment, vous attendez le moment où vous vous rendrez compte que vous êtes réellement différent d’eux ; que, dehors, il y a des gens comme Madame, qui ne vous détestent pas et ne vous souhaitent aucun mal, mais qui frissonnent néanmoins à la seule pensée de votre existence – de la manière dont vous avez été amené dans ce monde et pourquoi – et qui redoutent l’idée de votre main frôlant la leur. La première fois que vous vous apercevez à travers les yeux d’une personne comme celle-là, c’est un instant terrifiant. C’est comme vous entrevoir dans un miroir devant lequel vous passez chaque jour de votre vie, et soudain il vous renvoie autre chose, une image troublante et étrange.

Auprès de moi toujours
Kazuo Ishiguro
Éditions des Deux Terres (2006)

Une réflexion sur la société…

Never let me go nous dépeint une ferme humaine, dans laquelle sont élevés des clones, enfants issus d’individus déjà existants, pour leur permettre une plus longue vie, pour leur permettre de changer d’organes quand ils ont besoin. Sacré idée. Au début, je n’ai pas tout à fait saisi ce qui se passait, même si je sentais qu’un truc clochait… Au moment où je pris conscience de ce que ces enfants étaient, j’ai ressenti une telle colère, une telle rage auprès de la société dans laquelle ils évoluaient…

Car nous sommes face à des personnages qui observent la vie (du moins, celle dans laquelle ils évoluent et qui est assez restreinte…) se dérouler devant leurs yeux sans trop saisir où ils vont, nous faisons face à des personnages complètement perdus, errants dans ce à quoi ils essaient de s’accrocher (l’art, les éléphants, les carrés de jardin, le foot, les collections, les galeries…). Nous sommes face à des personnages qui essaient vainement de comprendre leur rôle, de donner un sens à leur existence afin de se persuader qu’il y a l’espoir de vivre.

Nous sommes face à des personnages d’une forte humanité alors qu’ils sont conçus par un manque d’humanité.

Un récit structuré

Et puis après les personnages, il y a l’intrigue, le scénario, le déroulement de l’histoire. Et quel déroulement ! Je ne dis pas que le scénario est basée sur l’action. Bien loin de là. Mais cette absence ne rend pas le livre faible pour autant, bien loin de là…

Never Let Me Go nous présente un récit où chaque péripétie est importante, car vu du point de vue des enfants, des « élèves », tout sort de l’ordinaire. Ils ont une vision du monde complètement étriquée et chaque découverte est affreuse pour nous, lecteurs, de voir leurs réactions. Je trouve que la force de ce livre réside juste ici, sur ce point, la vision de ces enfants/élèves/clones complètement faussée du monde, ils ont vivants mais ne « vivent » pas pleinement.

En bref :

Une lecture que je recommande vivement. Une lecture qui apporte un nouveau regard, un nouveau point de vue sur le monde et la force des individus, leur valeur et celle de la vie en générale.

Vous l’avez lu ? Qu’en avez-vous pensé ? Sinon, vous tente-t-il ?

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