[Chronique] Le Chant du Rossignol, une lecture frappante qui a changé mon regard sur le monde

Avant de commencer cet article, une petite musique pour se mettre dans l’ambiance…

From Embrace To Embrace – Joy Wants Eternity

Le Chant du Rossignol

(Je tiens à préciser sur je préfère largement la couverture des éditions Michel Lafon, faisons donc comme si je la possédais hihihi)

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Par Kristin Hannah

Édition originale : 2015, chez Martin’s Press

Traduction française aux éditions Michel Lafon, en 2016. Traduit de l’anglais (États-Unis) par Matthieu Farcot.

Nombre de pages : 689

Genres/Thèmes : Historique / Féminisme, guerre, résistance, famille, amour, amitié, respect, secrets, survie

France, 1939. Dans un village de la Loire, Vianne Mauriac fait ses adieux à son mari, qui part au front, et se retrouve seule avec sa fille. Très vite, elle est forcée d’accueillir un officier allemand sous son toit. Elle choisit de protéger sa fille avant tout, quel qu’en soit le prix… Sa sœur cadette, Isabelle, dix-huit ans, s’installe à Paris le jour de l’entrée des Allemands dans la ville. Impétueuse et pleine de convictions, elle s’engage dans la Résistance sous le nom de code « Le Rossignol ».

Deux sœurs, deux destins, chacune jouant sa propre survie dans la France occupée par les nazis. Véritable best-seller aux Etats-Unis (deux millions d’exemplaires vendus), Le Chant du Rossignol est un grand roman sur l’amour, la liberté, les idéaux et sur le rôle des femmes pendant la guerre.

Le Chant du Rossignol,
éditions Michel Lafon, 2016

À propos de l’autrice

Kristin Hannah (1960-) est une autrice américaine vivant dans l’état de Washington. Elle a d’abord suivi des études de droits, a ensuite travaillé dans la publicité, pour finalement se consacrer à l’écriture de romans sentimentaux. Précédent Le Chant du Rossignol une vingtaine de livres, presque tous à un intervalle d’un an, portant sur des thèmes tels que la lutte pour la survie, la guerre et ses effets sur l’humanité, les relations amoureuses. L’écriture de Le Chant du Rossignol lui prend à priori 3 ans.

Par quoi commencer ?

Je ne sais pas par quel bout prendre cette chronique. C’est au moins la sixième fois que j’en recommence l’écriture… c’est dire.

Le Chant du Rossignol est un livre réaliste, j’entend par là vraiment réaliste. C’est un des premiers livres historiques que je lis concernant la seconde guerre mondiale, après La Voleuse de livres. Nombreuses sont les lectures qui traitent de cette période sous le point de vue des femmes, et le sujet ne cesse d’être renouvelé. Je suis admirative d’y trouver tant de réalisme dans l’écriture. Pour commencer cette chronique, je vous propose la première phrase du livre qui nous présente l’idée principale de l’histoire :

Si j’ai appris une chose dans cette longue vie qui a été la mienne, c’est ceci : dans l’amour, nous découvrons qui nous voulons être ; dans la guerre, nous découvrons qui nous sommes.

Le Chant du rossignol
Kristin Hannah
Éditions Michel Lafon (p.9)

Une intrigue réaliste et menée de mains de maître

L’idée est la suivante : Vianne et Isabelle sont deux sœurs que tout oppose. L’une est mère de famille et voit son mari arraché à elle pour le front. Elle se retrouve seule avec sa fille, doit faire face à la réquisition de sa maison par les allemands et abriter l’ennemi chez elle… Sa sœur, au contraire, ne tient pas en place et, après un moment d’errance impuissante, s’engage dans la résistance pour sauver des vies et aider la France dans sa conquête de victoire.

Chaque passage du livre, depuis 1939 jusqu’à 1945, est utile et étudié de façon à mettre le lecteur dans une ambiance particulière. On ressent avec réalisme l’évolution de l’occupation de la ville, de l’espoir (ou désespoir) des français, l’évolution de l’état physique des français, leur lente agonie pendant que la nourriture est réquisitionnée par les allemands…

Une lecture émotive

J’ai eu froid, mal aux jambes, chaud, j’ai été émue, j’ai pleurée, j’ai ressenti l’espoir et la joie, la peur, aussi. Tout ça. Et pourtant, je ne pense pas « avoir la larme facile ». Les émotions et sentiments sont extrêmement bien retranscrits, parfois avec peu de mots, mais toujours avec précision. C’est affolant. Et ce, du début à la fin. Dès les premières lignes, j’ai été conquise par l’humanité qui habite ce livre. Chaque émotion ressentie par les personnage est crédible, compréhensible, et si parfois certains sentiments naissants pourraient être illégitimes aux personnages, le lecteur compatit, parce que c’est la guerre et que plus rien n’a de sens, parce que Vianne et Isabelle sont humaines, aiment et souffrent, et que leur survie joue au funambule sur un fil très réduit de détails.

On s’attend à voir la guerre en… accéléré. Les guerre ont toujours été, dans mes esprits, des images de soldats, de tirs et de bombes, jours et nuits… Mais en réalité, il y a toute la vie à côté qui continue de s’écouler (et ce pendant six ans !), ceux qui agissent pour leur survie, contemplant leurs jours et nuits de survie et de cohabitation avec l’ennemi s’écouler lentement, mais aussi ceux qui, dans l’ombre, opèrent avec espoir pour la victoire.

Mais cette fois, c’était un sentiment différent.

Il voyait sa beauté, même dans la pénombre, elle s’en rendait compte, mais il regardait au-delà. Soit c’était ça, soit il était assez intelligent pour voir qu’elle voulait offrir plus au monde qu’un joli minois.

Le chant du rossignol
kristin hannah
Éditions Robert Lafon (p.71)

L’évolution de ces deux sœurs est spectaculaire.

Un livre qui remet en question le quotidien…

L’aspect du livre qui m’a le plus impactée, c’est envers cette question humaine que pose notre société de consommation actuelle. Comment m’expliquer ?

Dans mon quotidien, en tant qu’individu, j’ai tout ce qu’il me faut. Ce livre m’a fait reconsidérer ma situation, et à de nombreuses reprises je me suis surprise à observer ma chambre rangée et ordonnée, le calme environnant et le silence dehors, j’ai eu un nouveau regard sur mes petits problèmes du quotidien (du genre quand vais-je avoir mes examens à cause des grèves ? ou encore j’ai vraiment la flemme d’aller faire les courses…) Très souvent, j’ai regardé ce que j’avais chez moi, mes affaires, mon frigo, mes chaussures, en repensant à Vianne dans sa maison, comptant ses haricots et ses poules, pendant que moi, je n’avais qu’à franchir quelques rues pour trouver à manger.

Il fallait qu’elle dise quelque chose, qu’elle fasse une blague ou peut-être qu’elle prétende avoir plus de sentiments qu’en réalité. C’était ce qu’elle aurait fait avant, quand les baisers avaient eu plus de sens, ou peut-être moins.

Le chant du rossignol
Kristin Hannah
Éditions Robert Laffon (p.218)

Pendant et depuis cette lecture, j’ai atteint un niveau de pessimisme absolument incroyable quant à l’évolution de cette société qu’est la nôtre, me disant que bientôt, tout ce confort éclaterait et qu’il fallait que je profite de ce « calme avant la tempête ». Mais je me trompe peut-être là affreusement et sans doute que l’humanité tout entière pourrait bien me surprendre.

… et qui donne à réfléchir sur la résistance

Voir Isabelle mener ainsi son combat acharné, au péril de sa vie, pour sauver quelques vies, m’a fait réfléchir sur les aspects de la résistance et de l’importance du nombre et de la mobilisation. Tout au long du livre, quelques citations sont placées çà et là, des citations célèbres (ou pas), en voici une :

Se poser une question, voilà comment commence la résistance.

Puis poser cette même question à quelqu’un d’autre.

Remco Campert

Je pense avoir fait cette lecture au bon moment, alors que j’étais en pseudo-vacances (report de mes examens et accentuation de la grève, tout ça tout ça). Il y a quelques jours encore, je vous aurait dit sans hésiter que, les jeunes qui font grève à la fac, qui bloquent les cours, les examens, ne le font en réalité pour beaucoup que pour ne pas travailler. Que la plupart sont des fainéants qui veulent avoir leur année sans travailler. Je maintiens que, dans le lot, il y en a pour lesquels c’est le cas. Mais je repense à toute cette agitation et me surprends à moi-même projeter de, peut-être, me rendre utile (en réalisant des tracts, ou je ne sais quoi), et aussi parce que je commence à comprendre certains aspects de cette grève, aspects qu’on ne m’avait pas vraiment expliqués jusqu’alors.

Je n’étais pas là, pendant la guerre de 1939 à 1945. Mon âme pure et innocente aurait probablement été détruite, mais peut-être que Vianne manquait d’informations pour comprendre réellement ce qui se passait. Tandis qu’Isabelle collait son oreille à la radio pour entendre l’appel de De Gaulle, Vianne est restée sourde, pendant un temps du moins. Peut-être que je devrais moi-aussi prêter l’oreille.

Même si je pense être partie un peu loin dans mes explications, je soutiens le fait que ce livre ait bousculé ma vision des choses.

Et je trouve que dans un livre, c’est une excellente réussite.

Que dire de plus ?

À part que les personnages sont attachants, crédibles… leur évolution (mentale et physique) est visible et compréhensible… Les thèmes abordés sont très variés, cette histoire touche à nombre de sujets sensibles (la relation père-fille, la responsabilité et l’amour d’une mère, l’abus de pouvoir, l’amour le vrai, le courage et la bravoure, le respect…) Cette lecture est un vrai coup de poing.

Mon appréciation : ♥♥♥♥♥ Coup de coeur

Je vous laisse avec quelques articles intéressants sur Le Chant du Rossignol : l’excellente chronique de Tomabooks, l’avis de Littéracko, qui n’a pas aimé (j’adore avoir des avis divergents, c’est super intéressant !), je vous mets aussi le seul petit article que j’ai trouvé sur l’adaptation cinématographique prévue pour 2020…

Si j’ai appris une chose dans cette longue vie qui a été la mienne, c’est ceci : dans l’amour, nous découvrons ce que nous voulons être ; dans la guerre, nous découvrons ce que nous sommes. Les jeunes d’aujourd’hui veulent tout savoir sur tout. Il pense qu’il suffit de parler d’un problème pour le résoudre. Mais je suis issue d’une génération plus sobre. Nous comprenons la valeur de l’oubli, l’attrait de la réinvention.

Ces dernier temps, pourtant, je m’étonne de repenser à la guerre et à mon passé, aux gens que j’ai perdus.

Perdus.

Ce mot donne l’impression que j’ai égaré les êtres qui me sont chers ; comme si je les avais laissés à un endroit qui leur était étranger avant de m’éloigner, trop troublée pour retrouver mon chemin.

Ils ne sont pas perdus. Ils ne sont pas non plus dans un monde meilleur. Ils sont partis. Maintenant que la fin de mes jours approche, je sais que le chagrin, tout comme le regret, s’inscrit dans notre ADN et fait à tout jamais partie de nous.

Le Chant du Rossignol
Kristin Hannah
Éditions Robert Lafon (p.9)

J’insiste sur la beauté de ces premiers paragraphes.

N’hésitez pas à me dire si le livre vous tente ou, pour ceux qui l’ont lu, ce que vous en avez pensé !! Et aussi à me donner votre avis sur ce que j’ai dit concernant l’actualité, les manifestations, tout ça, pour ceux qui en ont envie.

3 réflexions sur « [Chronique] Le Chant du Rossignol, une lecture frappante qui a changé mon regard sur le monde »

  1. Ça c’est de la chronique ! Tu arrives à retranscrire les émotions de ta lecture dans tes mots. C’est vraiment beau de te lire. Je ne suis pas spécialement fan des romans de ce genre, mais j’avoue commencer à changer mon fusil d’épaule, je sors de mon rayon très imaginaire en lisant un peu de romans historiques, surtout pour l’aspect émotionnel que tu décris. Ça donne vraiment envie, et le fait que tu te poses toutes ces questions rend la chronique d’autant plus intéressante. Je pense, comme toi, qu’il faut apprécier ces instants de vie, d’opulence, avant que cela cesse.

    Aimé par 1 personne

    1. Souffleuse de mots 27/01/2020 — 22:44

      Merci encore une fois pour ce commentaire hyper encourageant, je pleure 😭
      Je suis super contente de t’avoir donné envie de lire des livres comme ça ! Je trouve ces lectures historiques vraiment intéressante, ça permet de découvrir l’Histoire autrement que par cours 🙂 Je guetterai le moment où tu te lanceras dans une lecture de ce genre !! 😁

      Aimé par 1 personne

      1. J’ai déjà commencé avec quelques lectures de ce genre, mais pourquoi pas se lancer pour de bon un de ces jours.
        C’est clair que je préfère lire l’Histoire et la découvrir par moi-même, que de la subir par obligation. 😋

        J'aime

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